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Le premier hybride américain
 

Lorsque William Penn débarqua en Amérique en 1682, il ne se doutait pas qu’il allait être indirectement à l’origine d’une des plus importantes découvertes agricoles de son temps. A l’époque, l’amateur de boissons alcoolisées, outre la bière et le whisky, avait le choix entre un vin imbuvable issu de vignes locales, et pas de vin du tout pour cause de mortalité précoce des vignes importées d’Europe. En effet, personne ne savait que les cépages européens étaient très fragiles face aux insectes et aux maladies du Nouveau Monde. Seules les vignes sauvages avaient, avec les siècles, acquis une certaine immunité. L’arrivée accidentelle d’un cépage cultivable révolutionna la viticulture américaine naissante.

 

En 1682, Charles II accorda la propriété d’un vaste territoire entre les colonies de Maryland et de Massachusetts à William Penn, qui l’avait aidé à retrouver son trône. Penn, qui exploitait une brasserie, s’intéressa à la vigne et au vin. Il rapporta d’Europe des plants de vignes françaises et les fit planter par son jardinier, Andrew Doz. Malheureusement, Penn mourut avant d’en voir les résultats et c’est son fils Thomas qui lui succéda dans la conduite des expériences viticoles familiales. Son jardinier, John Alexander, fit un jour de 1740 la découverte d’un hybride viable dans les plantations du domaine. Il s’agissait d’un croisement de vitis vinifera (d’origine européenne) et de vitis rotundifolia (d’origine américaine). Ce plant d’une nouvelle sorte fut tout simplement baptisé alexander, ce qui est un moyen comme un autre de passer à la postérité. Mais l’Histoire est injuste. Peut être aurait-il été plus correcte d’appeler ce nouveau plant le doz car c’est bien le jardinier de William Penn qui était à l’origine de cette création accidentelle en 1682, bien avant qu’Alexander ne devienne jardinier ! Rendons donc ici hommage à ce vigneron anonyme qui, comme tant d’autres, mourut trop tôt pour rentrer dans l’Histoire.

 

L’alexander se développa très rapidement dans les grands domaines environnants. C’était le premier cépage qualitatif à pousser sur le sol américain, et sa popularité grandit à mesure que sa culture s’étendait dans le pays. Le colonel Benjamin Tasker, du Maryland, qui avait hérité d’une grosse fortune et de nombreuses plantations, s’essaya à la culture de la vigne en utilisant l’alexander. Il appela sans le moindre complexe son vin « Maryland Burgundy ». Est-ce parce qu’il était gouverneur intérimaire de mai 1752 au mois d’août 1753 que tous ceux qui goûtèrent son vin l’en félicitèrent ? Ce beau Bourgogne du Maryland perdait malgré tout très vite sa couleur et devenait si aigre que personne n’en voulut bientôt plus. Heureusement, en ce temps là comme maintenant, l’étiquette ne fait pas tout. C’était néanmoins la première utilisation d’un cépage hybride sur le sol américain, et Dieu merci, les essais ultérieurs se sont tout de même montrés nettement plus convaincants !

 

Source : Vineland : Une histoire du vin aux Etats-Unis de Maurice Bensoussan

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